
Découvertes oléronaises : habitat de l'âge de Fer et occupation carolingienne
Dans le cadre du projet de construction de la future gendarmerie intercommunale de l’île d’Oléron, un diagnostic archéologique réalisé l’an passé avait mis en évidence une fréquentation humaine des lieux aux époques protohistorique et médiévale, avec un ensemble de structures en creux (trous de poteau, fosses, fossés, …) associé à de très nombreux tessons de poterie reflétant une potentielle zone d’habitation pour ces deux périodes. Le Service d’Archéologie Départementale de la Charente-Maritime réalise depuis le 18 mai une fouille archéologique préventive, dirigé par l'archéologue Céline Trézéguet, pour étudier ces phases de l'histoire oléronaises méconnues.
L'archéologue départementale Céline Trézéguet © Département de la Charente-Maritime
Un site d'habitat de l'âge de Fer
Une première occupation estimée au Premier âge du Fer (environ entre 800 et 450 avant notre ère) se dessine dans un très large secteur au Nord-Est de la parcelle. Elle se matérialise par un très grand nombre de structures en creux, vestiges de bâtiments sur poteaux porteurs en matériaux périssables (bois et terre), dont les sols, dits « fond de cabane » pouvaient être aménagés. À la lecture de l’implantation des trous de poteau, plusieurs bâtiments de superficie variable ont été identifiés. Leur surface intérieure est dans les deux cas matérialisée par un « fond de cabane », dont l’un revêt l’aspect d’un niveau d’empierrement.
Des fosses ont été également découvertes sur l’ensemble du site. Elles étaient utilisées dans un premier temps pour extraire l’argile qui servait à confectionner le torchis, matériau utilisé pour la construction des murs. Elles ont dans un second temps étaient utilisées pour stocker les déchets domestiques provenant des habitats limitrophes. Elles contenaient notamment des fragments de vaisselle de cuisine, de cuisson ou de service, des objets du quotidien (fusaïoles), des rejets de foyers, des restes alimentaires, etc…
La fouille ne l’a pas encore déterminé, mais il est fort probable que certaines grandes fosses étaient vouées à la conservation de grains (silos). La géo-archéologie a montré que l’apport en eau, au moins pour le bétail, était assuré par une mare qui existait au Sud-Est du site. À ce jour, aucun puits offrant de l’eau potable n’a été identifié.
Nous sommes probablement en présence d’un habitat ou un groupement d’habitats (ferme potentielle) en aire ouverte, délimité par des enclos dont il ne reste plus que les fossés. Le mobilier prélevé dans l’ensemble des structures est très abondant et riche, et permettra très certainement de déterminer s’il y a eu plusieurs périodes de fréquentation du site au cours de la Protohistoire.






Une succession à l'époque carolingienne
Après un hiatus de plus de mille ans, des populations humaines se sont à nouveau installées dans le secteur. Cette seconde installation humaine est à ce jour datée du haut Moyen Âge. Comme pour l’époque protohistorique, les traces de cette occupation sont conservées sous la forme d’aménagements creusés dans le terrain naturel. Se distinguent ainsi trous de poteau, fosses et fossés, qui n’ont pour l’heure fait l’objet que d’un nettoyage de surface : les précisions à leur sujet seront recueillies prochainement.
Actuellement, plusieurs aménagements dits « complexes » restent à fouiller afin de déterminer leur fonction et leur datation. Il en va ainsi d’une vaste construction de plan ovale, marquée sur ses contours par une épaisse paroi d’argile rubéfiée, signe distinctif d’une structure de combustion de type four (de potier par exemple). Les fragments de poterie prélevés à sa surface lors de son décapage manuel la rattache à l’époque alto-médiévale, mais seule une fouille fine pourra déterminer son rôle et sa dernière période d’utilisation.
LES SÉPULTURES
Parmi tous ces vestiges, au moins 11 tombes ont été discernées : si certaines sont typologiquement attribuées à l’époque médiévale (sépultures en coffres de pierre, orientées d’Ouest en Est), le doute subsiste pour 5 d’entre elles. Leur découverte constitue une véritable surprise car elles n’étaient pas apparues au diagnostic et rien ne laissait présager leur existence.
UN ANCIEN CHAMP DE VIGNE
Un ancien champ de vigne a été retrouvé à travers la présence d’alignements traversant l’intégralité de la parcelle d’Est en Ouest, regroupant près de 300 fosses longitudinales réparties de façon régulière. D’abord identifiée là où le terrain naturel est calcaire, il appert aujourd’hui que la vigne recouvrait, à une époque indéterminée, l’ensemble de la parcelle. À ce jour il est impossible de dater ce champ de vigne, toutefois d’anciennes vignes datant de l’époque antique sont attestées à Barzan, Chaniers, ou encore Saint-Georges-des-Coteaux et Jonzac.
LE PARCELLAIRE MODERNE
La grande parcelle fouillée aujourd’hui était autrefois découpée en plusieurs petits lopins de terre : cette répartition parcellaire se traduit sur le terrain par la présence de longs fossés, correspondant à ce qui figure sur le plan cadastral napoléonien dressé en 1842. Le plus vaste d’entre eux, qui traverse l’emprise de Nord en Sud, était encore en fonction après-guerre car il apparaît sur un des clichés aériens les plus anciens du secteur, pris d’avion en 1945.
Les fouilles vont se poursuivre jusqu’au 17 juillet, avant le lancement du chantier de la gendarmerie fin septembre pour une livraison prévue en mars 2022.
Article Romain CHARRIER - 6 juillet 2020
Source : Dossier de presse des fouilles du CG17 2 juillet 2020
Photo © Département de la Charente-Maritime